22,00 €
Taxe incluse
Audio LP SKU : BB0194LP
    Date de sortie
  • 20 novembre 2026
    Pressage
  • Original
    État du produit
  • New
    Vinyle
  • Black
Description

Balaise. À la base, c’est comme ça que devait s’appeler le premier album de Vers le Nord. Et le mot revient partout dans le disque, comme une injonction d’ado tagguée sur les murs d’un abribus à trois grammes. Balaise les robots. Balaises les fantômes qui rôdent. Balaise le pilier de bar qui se rêve en justicier de rue. Quelque part, tout le nouveau projet solo de Matthieu Pellerin tient là-dedans : une musique gigantesque bricolée par un type seul contre tous, un monument monté à mains nues sur des couches de synthés qui sonnent comme des orgues en béton armé.

Du temps, il en aura fallu pour accoucher d’un monstre pareil. Cinq ans, pour être précis — une éternité à l’échelle des logiques de carrière et des stratégies de contenu. Mais si Matthieu Pellerin avait le moindre intérêt pour les plans de carrière ou la facilité, ça se saurait depuis longtemps. Il aurait déjà déterré le cadavre encore tiède des Oi Boys, l’un de ses groupes à l’existence brève et le succès fulgurants, capable en son temps de mettre d’accord les skins maussades, les loubards gothiques et les punks à l’ancienne. Ou alors il aurait joué à fond la carte messine, maintenant que la Grande Triple Alliance Internationale de L’Est (Noir Boy George, The Dreams, The Feeling Of Love…) et des projets solos émergents comme Tune Zitoune, Josy Bazar, Fantôme Josepha ou encore Tony Gerrano ont transformé cette immense rablatière en improbable capitale du cool. Mais Vers le Nord, ce n'est pas vers l’Est et c’est décidemment en solitaire que se révèle l’amplitude d’écriture de Matthieu Pellerin.

Avec Le Seul Élément, son premier projet solo, le lorrain laissait déjà entrevoir un talent rare pour dresser des mondes. Des masses sonores vastes comme des zones industrielles, un brouillard bruitiste transpercé de néons blafards et des décors tenant autant du rade de la dernière chance que du bunker de fin du monde. Dans la lenteur écrasante comme dans les ambiances éclatées et noirâtres, on sentait d’ailleurs les traces laissées par ses années de service au sein de Loth et Bishop, qui lorgnent du côté du black metal.

Chez Vers le Nord, ces paysages ne sont plus seulement esquissés, ils deviennent habités. Peuplés d’une galerie de figures bancales, « à moitié paumées, pas vraiment marginales » mais forcément magnifiques. Aux confessions nues et frontales qu’il déverse dans les textes de Nuits Blanches (son nouveau supergroupe avec des membres de Rixe, Lion’s Law, Headbussa et La Femme), Matthieu Pellerin préfère ici les récits d’apocalypse robotique, de vagabonds, de school-shooters en manque d’attention, à grands coup de rimes williamshelleriennes et d’images impossibles à secouer. Mais même dans la fiction, Matthieu Pellerin parvient à produire quelque chose de profondément intime et définissant, comme ça l’air de rien. À l’aise. Des morceaux qui résonnent violemment chez l’auditeur, peut-être à cause de cette manière étrange de toujours s’adresser à quelqu’un sans jamais vraiment le nommer, ce « tu » flottant, obsessionnel, par lequel on finit fatalement par se sentir appelé.

Et peu importe la noirceur, la musique de Vers le Nord demeure profondément sentimentale. Il y a évidemment quelque chose de Type O Negative ou de Anna Von Hausswolf dans ce mélange permanent du dérisoire et du gothique monumental, ce romantisme lugubre qui ne bascule jamais dans le sordide. Si le chant demeure garant d’une tradition keupon à la française – comprendre No Class, La Souris Déglinguée et les inévitables Béruriers Noirs – le cœur du réacteur bat cependant ailleurs. C’est plutôt du côté d’Oneohtrix Point Never que Vers le Nord semble trouver sa véritable filiation : une musique ultra-émotionnelle faite de synthés froids et d’hymnes désincarnées, digérant puis recrachant en dix titres quarante ans de new wave glaciale et contemplative. On ne sera d’ailleurs pas surpris de retrouver Lila Ehjä et Aimable, deux figures montantes dans l’art de faire chuter les normales saisonnières, sur le très à-propos « Enterrez-moi bordel », un final grandiose, spectral et plein de morgue. Et au bout du compte, Vers le Nord finit exactement là où son vrai titre l’attendait depuis le début : debout au milieu des ruines, immense et tellement À l’aise.

Tracklist
A1- Intro
A2- Pas vraiment marginal
A3- Unique et différent
A4- Ce sont des robots tu sais
A5- Balaise
A6- Cobra Royal
A7- Interlude

B1- L'homme errant
B2- Invoquer le dangereux
B3- Enterrez moi bordel

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